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Rendre l’émotion dans l’e-sport

Rendre l’émotion dans l’e-sport

Entretien avec Sandrine Camus, par Saint-Clair Chabert-Liddell.

Le sport électronique évolue, ses acteurs se diversifient. Loin des jeunes hommes passionnés de la première heure, de nombreux profils atypiques viennent apporter un regard différent sur cette discipline. Parmi ceux-là, Sandrine Camus, photo-reporter de 40 ans, est allée tirer le portrait des gamers aux CPL Dallas et Istanbul, respectivement en décembre 2004 et février 2005. Le genre d’approche originale nécessaire à la démocratisation de l’e-sport.



Comment vous êtes-vous intéressée au sport électronique ?

Mes motivations étaient nombreuses. J’ai toujours eu l’amour du jeu. J’y joue depuis Pong, je possède toutes les consoles bien que je préfère les jeux sur PC. La rencontre avec mon mari, une véritable bible du jeu vidéo, a été décisive. C’est lui qui m’a fait découvrir l’e-sport il y a 4 ans. Je n’en avais jamais entendu parler, mais cela m’a tout de suite accrochée.


Pourquoi avoir couvert les compétitions de la CPL, plutôt que celles d’autres organisateurs ?

J’ai demandé des accréditations à de nombreux organisateurs. Seule la CPL a été réactive. C’est malheureux, mais les Français ne répondent pas aux mails. Ceci dit, je suis freelance et bien que la CPL m’ait ouvert les bras, c’est avec plaisir que je couvrirai d’autres types d’événements.


Vos portraits ne mettent pas du tout l’accent sur le côté Hi-Tech dégagé par le sport électronique. Pourquoi avoir choisi le noir et blanc pour vos photos ?

Je suis lassée par le traitement médiatique des jeux vidéo. Certains journalistes essaient de nous faire croire que le jeu rend les adolescents violents, ce qui n’est pas plus vrai que la littérature ou le cinéma. Je voulais par mon travail photographique donner une belle image des joueurs. Montrer que ce ne sont pas les addicts dégénérés décrits par les médias. Je cherche à rendre l’émotion dans l’e-sport et le noir et blanc se marie mieux avec ce travail d’émotion. L’important n’était pas de montrer à quoi les gamers jouent mais qui ils sont réellement. Le but n’était pas de toucher uniquement un public de connaisseurs, mais aussi les non-initiés, en faisant quelque chose de différent. C’est pour cela que mes photos ont été remarquées.

Mes enfants jouent aux jeux vidéo, j’en suis fière et je voudrais que les parents arrêtent d’avoir peur que leurs enfants jouent ; c’est comme tout, c’est une question d’éducation.



Comment faire évoluer l’image du sport électronique auprès du grand public ?

Pour qu’il y ait professionnalisation, il faut qu’il y ait image. Si les équipes veulent être reconnues, il faut que leur image change. Cela implique de ne pas mettre les photos de son réveillon sur son site internet. Comment une équipe espère-t-elle être prise au sérieux si tel est le cas ? Certaines équipes comme les NoA l’ont compris et réussissent à se professionnaliser.

Quant au milieu français, il me paraît  encore beaucoup trop communautaire, il ne s’ouvre que très peu. J’en veux pour preuve les retours que j’ai eu en France. J’ai envoyé de nombreux communiqués de presse aux différents sites d’e-sport pour présenter mon travail, mais aucun n’en a fait l’écho. Seuls les sites étrangers en ont parlé et cela sans que j’ai eu besoin de leur communiquer quoi que ce soit. S’il n’y avait pas eu le blog d’Erwan Cario (Liberation.fr), personne ne me connaîtrait dans mon pays.  Il faudrait également démarcher des sponsors dans d’autres secteurs d’activité, mais je comprends que ceux-ci reculent car l’image n’est pas encore assez pro. L’amateurisme n’a plus vraiment sa place si l’e-sport veut évoluer.

Me concernant, j’essaie de faire connaître le côté féminin de l’e-sport et que l’on en parle dans les magazines… Mais les médias sont réticents, ils préfèrent encore diaboliser le phénomène bien qu’il soit en pleine explosion. J’essaie par la photo de faire en sorte qu’ils s’y intéressent, en leur montrant quelque chose de positif.

A quelles manifestations serez-vous présente cette année ?

Je couvrirai le maximum d’événements possibles dont les arrêts européens et américains du CPL World Tour. Je prépare également plusieurs expositions en France et à l’étranger. Pour les compléter, je serai présente à l’étape du CPL World Tour de Barcelone où je photographierai plus particulièrement les joueuses. J’aimerai travailler sur le côté femme, les faire poser, ne pas faire que du portrait voler comme pour les garçons.


Propos recueillis par téléphone le 16 mars 2005.

Lien : Le site de Sandrine Camus
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